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lundi 18 juillet 2016

Entrevue avec le Groupe Dynamite concernant les vêtements que j'ai le mandat de recycler


La plupart d'entre vous me connaissent comme propriétaire de la Fabrique éthique. Je suis votre professeure de couture, et suis vraiment heureuse de l'être. Vous connaissez un peu moins la designer en moi. Vous savez, j'ai travaillé au sein de l'industrie montréalaise en tant que créatrice durant de nombreuses années. J'ai quitté l'industrie puisque les conséquences environnementales et sociales étaient trop grandes. Je voulais que ma créativité serve à créer un monde meilleur. Encore à ce jour, je crois que les designers ont la capacité de trouver des solutions esthétiques et organisationnelles aux défis humains et sociaux, tout spécialement au sein de l'industrie de la mode. 




Monsieur Sylvain Duval, chef de l'exploitation au Groupe Dynamite, a plus tard expliqué que le Groupe Dynamite avait une entente pour la gestion de leurs surplus d’inventaires avec le groupe « les grands frères et les grandes sœurs ».

« Tel que déclaré publiquement, nous leur avons fait un don assez significatif, mais pour des raisons de logistique, ils ont éprouvé de grandes difficultés à gérer cette marchandise comme nous avions convenu. Devant cette évidence, nous avons commencé le processus pour trouver un nouveau partenaire. Malheureusement, durant une courte période entre ces 2 évènements, nous avons été forcés de disposer d’une infime quantité de marchandises et de les détruire »


L'entreprise a depuis trouvé un partenaire pancanadien qui sera en mesure de gérer le flot de marchandise. De plus, ils ont trouvé un 2e partenaire au cas où le premier éprouverait des difficultés. Une gestion plus responsable des invendus serait donc maintenant sous contrôle. Toujours est-il que je suis personnellement chargée de revaloriser ces vêtements qui n'ont pas connu un aussi joyeux dénouement. 

Depuis 2011, la Fabrique éthique offre des cours de couture et des conférences de sensibilisation aux enjeux sociaux et environnementaux de l'industrie de la mode et du textile. Nous oeuvrons dans le domaine du D.I.Y. (Do It Yourself pour fais-le toi-même) puisque ceci nous permet de préserver les savoirs locaux, stimuler la revalorisation de vêtements existants et permettre aux gens d'apprécier les savoir-faire reliés à la production locale, ce qui en retour leur permet de faire des achats plus conscients et de soutenir les designers indépendants. Notre mandat est l'éducation et la conscientisation. 

Soyons clairs, je suis une entrepreneure sociale qui milite pour le développement durable de l'industrie de la mode du textile. Il est évident que je ne suis pas, et ne serai jamais en accord avec les gestes posés par le Groupe Dynamite ce jour-là. Détruire intentionnellement des vêtements lorsque des gens moins fortunés en ont besoin localement, lorsque nous avons extrait et transformés d'innombrables ressources naturelles non renouvelables pour les produire, lorsque des gens ont fait l'effort d'assembler ces vêtements et qu'ils ont traversé l'océan pour parvenir jusqu'à nous est un non-sens. 

Tout de même, j'ai le discernement de comprendre la structure de distribution et les raisons qui peuvent motiver des actions aussi insensées que détruire et jeter des vêtements pour préserver une image de marque intacte, car j'ai jadis participé à cette industrie. Une industrie où tout va trop rapidement pour trouver des solutions aux sources des problèmes. Une industrie extrêmement compétitive où la nécessité de survivre entraîne ce que je considère être de mauvaises décisions. Je ne l'excuse pas, mais mon intellect est capable de le comprendre. C'est en fait de cette structure de production et de distribution que j'aimerais parler aujourd'hui. 

À titre de Designer de mode, j'ai moi aussi créé des styles imitant les dernières tendances mode destinés à être distribués dans les grandes chaînes. Je ne saurai jamais s’ils ont tous été vendus. Les entreprises pour lesquelles j'ai travaillé ont souvent dû acheter plus que nécessaire afin de rencontrer les quantités minimum requises des sous-traitants asiatiques, accumulant ainsi des surplus d’inventaires qui leur permettraient, potentiellement, de répondre aux commandes subséquentes des boutiques dans un délai serré... juste au cas où les styles vendraient bien (des ‘’Repeats’’). Vu le rythme trop rapide de production et le manque de ressources humaines (il faut couper quelque part), des erreurs de production se sont glissées et nous avons reçu des produits invendables destinés directement au déchiquetage. Nous avons aussi reçu des productions entières de tissus et de vêtements qui n'étaient pas de la même qualité que celle que nous avions approuvée. Nous avons reçu des collections avec des délais de livraison si grands qu'il n'était plus possible de les mettre en marché. En fait, les surplus d'inventaires sont une conséquence quasi inévitable du modèle de distribution de produits mode actuellement en place. 

De son côté, M. Duval explique que « la principale raison (des invendus du Groupe Dynamite) provient du fait que nous vendons des produits reliés à la mode et ceci représente un défi, car notre boule de cristal peut parfois sous-estimer l’engouement des consommateurs ou bien les sur estimer pour un style particulier. Notre objectif est d’être le plus près de la réalité ou légèrement en dessous des quantités requises. Cependant, suite à des facteurs imprévisibles, cette estimation peut ne pas être tout à fait conforme à la demande réelle, d’où quelques surplus d’inventaires de façon sporadique ».

Ce qui fut vraisemblablement le cas avec les vêtements de velours que j'ai le mandat de recycler! Ces produits n'étaient pas défectueux et ne représentaient pas de danger pour la santé publique. Produire des vêtements implique de prendre des décisions et d’accepter les risques. Cette fois, les prévisions étaient fausses! Plusieurs blogueurs annoncent le retour du velours depuis 2 ans... les vêtements en velours abondent sur les passerelles. Malgré la tendance, le consommateur n'est simplement pas prêt à acheter le produit. C'est comme ça... and the show must go on! 

En fait, pratiquement toutes les entreprises de mode ayant opté pour un mode de distribution traditionnel, autant les petits designers indépendants, les boutiques que les grandes chaînes ont des surplus d'inventaires à gérer. Ceci représente des dépenses considérables pour les entreprises. Bien sûr, la liquidation de surplus d'inventaires est une solution possible. Cependant, vendre des produits à 70% de leur prix initial ne représente pas toujours une option viable. En fait, si tout le monde attendait la fin de la saison pour acheter des vêtements, la majorité des entreprises de mode locales ne pourrait pas survivre. Les coûts d'exploitation reliés au paiement du loyer, des taxes et de la main-d'oeuvre sont élevés au sein de l'industrie! La fermeture de points de vente de la part de grands distributeurs ainsi que la disparition de nombreuses boutiques indépendantes ne sont donc pas surprenantes. 

J'ai donc demandé à M. Duval si créer, produire et distribuer des vêtements, tout en demeurant compétitif, était devenu plus difficile au cours des dernières années.

« Avec la venue de nouveaux grands joueurs tels que les Zara et H&M de ce monde, ce besoin constant d’innovation est devenu une nécessité  » explique-t-il. « La mode change très vite et il faut constamment s’adapter et demeurer très flexible. Un environnement avec un bas niveau d’inventaire permet une plus grande agilité. À notre avis, ceci est un facteur clé de succès. Au Groupe Dynamite, les invendus en fin de saison représentent généralement des petites quantités de l’ordre de 1-2% » explique M. Duval. 

Mais comment maintenir un bas niveau d'inventaire et réduire les dépenses reliées à la gestion de surplus? Quelles sont les stratégies de production qui permettraient de réduire la surproduction à la source? Pour les grands distributeurs, le Juste-à-temps, soit la production de collections exclusives fabriquées localement et en quantité limitée, fait partie des pistes de solutions. C'est d'ailleurs une des stratégies employées par Zara. L'entreprise produit environ 40% de leur marchandise en Asie, en majorité des vêtements de base, ce qui leur permet de bénéficier d'une main-d'oeuvre bon marché. Le restant de leur production est effectué en Juste-à-temps. Du point de vue économique, la hausse du coût de la main-d'oeuvre chinoise, les coûts reliés au transport de la marchandise, les quantités minimales requises et les longs délais de livraison qui caractérisent la production à l'outre-mer sont devenus de moins en moins compétitifs.

Or, produire localement permet aux entreprises d'optimiser leur chaîne d'approvisionnement et de production pour offrir de plus petits lots de produits plus rapidement. Ramener la production à la maison permettrait donc de mettre en place des modèles d’affaires plus flexibles qui s'adaptent mieux aux réalités d'un marché aux cycles de tendance de plus en plus rapide. Sans compter que produire localement permettrait de créer des emplois et de développer une masse de main-d'oeuvre locale essentielle pour assurer la pérennité de notre secteur manufacturier et la compétitivité de notre industrie! Mais bon, si cet enjeu vous intéresse, je vous invite à vous joindre à nous lors de la conférence Mode, made in Québec : Retour vers une production locale et durable? qui aura lieu le 8 septembre à la Maison du développement durable! 

D'un autre côté, la technologie offre de nombreuses pistes de solutions. Les boutiques en ligne aident naturellement à liquider les surplus d'inventaires. Cependant, internet permet aussi de nombreuses autres possibilités, dont de nouvelles structures de distribution qui élimine la surproduction à la source. La customisation de masse, entre autres, offre au consommateur la possibilité de devenir lui-même créateur. Ainsi, ce dernier peut, majoritairement via des plateformes en ligne, sélectionner les formes, matières, couleurs et fournitures qui lui plaisent pour créer un design qui lui sera exclusif. Il s'agit ici de changer la façon dont les vêtements sont fabriqués et distribués. Le consommateur a maintenant la capacité de créer son propre vêtement! En limitant les options esthétiques et en favorisant les achats multiples d'un même style, la customisation de masse tire avantage des faibles coûts de production unitaires qui caractérisent la production de masse, tout en adoptant une approche plus souple permettant la personnalisation individuelle. Cette structure produit la juste quantité de produits nécessaires, sans générer de surplus d'inventaires... tout le monde est content! 

Mais mettre en place de nouveaux modèles d'entreprises comporte des risques et une grande capacité d'adaptation. Plusieurs entreprises préfèrent ainsi se concentrer sur la gestion adéquate de leurs surplus plutôt que d'adresser la source du problème. 

Par exemple, H&M développe présentement un programme de recyclage de fibres textiles afin de prendre responsabilité pour leur production et leur surplus d'inventaires (production berceau à berceau). Ils offrent maintenant une collection fabriquée à partir de leurs propres fibres recyclées. Top Shop offre aussi une collection élaborée à partir de leurs invendus en partenariat avec la designer Orsola Di Castro (Reclaim to Wear).


J'ai donc demandé à M.Duval si ce type d'initiative était envisageable pour le Groupe Dynamite. Serait-il possible pour eux d'intégrer, au sein de leur modèle d'affaires, un programme de recyclage de fibres ou de créer un programme pour remodeler eux-mêmes les produits invendus? M Duval m'expliqua que des recherches plus approfondies devraient être effectuées afin de mieux comprendre le rouage interne de ce processus. 

« Au Groupe Dynamite nous tentons d’éliminer les surplus de produits, ensuite tentons de donner à la communauté en besoin les surplus qui nous restent et avons entamé un processus de recyclage pour les produits défectueux afin de recycler les matières premières  » explique-t-il. 

Depuis l’automne 2015 l'entreprise a développé un partenariat avec la fondation canadienne Children’s Aid Foundation et l’organisation américaine Soles4Souls, à qui ils remettent une partie de leurs inventaires non vendue. Ce don de nouveaux vêtements représente plus 1.5 million de dollars en moyenne. De plus, le Groupe Dynamite et ses employés appuient activement une variété d’initiatives caritatives, locales, nationales et internationales via leur programme « Faites une différence ». Ainsi, l'entreprise et ses employés ont remis 76 000$ à la Fondation Starlight Canada, ainsi que 155 300$ à Centraide Grand Montréal en 2015. 

Le Groupe Dynamite, une entreprise montréalaise, dirige plus de 265 magasins au Canada, dont 88 au Québec. L'entreprise compte plus de 4 655 employés au Canada, 617 employés à son siège social, dont 78 employés en design. Ce qui en fait une des rares grandes entreprises capables d'offrir des opportunités d'emploi aux diplômés des écoles de mode à Montréal. Une quarantaine de diplômés universitaire ont été embauchés par le groupe cette année. 

Je crois que ce que j'essaie de dire c'est que les grandes entreprises ont de grands impacts! Je ne suis peut-être pas en accord avec leur modèle d'entreprise, car je n'aime pas le Fast Fashion, mais je suis tout de même capable d'admettre que le Groupe Dynamite joue un rôle important au sein de l'industrie de la mode au Québec. 

Ainsi, je travaille bénévolement depuis avril pour recycler les vêtements lacérés et jetés qui m'ont été apportés par JE! Ironiquement, je n'ai jamais aimé le velours... mais je le recycle car je crois que les vêtements et les gens qui les ont fabriqués ont de la valeur. À ce jour, j'ai coupé plus de 300 vêtements endommagés afin de leur donner une seconde vie! J'ai coupé, enfilé, tissé, matelassé, perlé et brodé! J'ai dessiné des patrons et ai taillé d'innombrables pièces! Mon objectif est de vous présenter une collection à l'automne! Voici donc quelques images du processus!





Mon travail est loin d'être fini! Mais je sais qu'accomplir de belles choses, accomplir de grandes choses, prend du temps.